ALLOCUTION DE S.E. JOÃO MANUEL GONÇALVES LORENCO, PRESIDENT DE LA RÉPUBLIQUE D'ANGOLA ET PRÉSIDENT EN EXERCICE DE L'UNION AFRICAINE, À L'OCCASION DE LA 62ÈME CÉLÉBRATION DE LA JOURNÉE DE L'AFRIQUE
ADDIS ABEBA, LE 25 MAI 2025
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Je suis très honoré, en ma qualité de Président en exercice de l'Union Africaine, de m'adresser à vous aujourd'hui, dignes fils et filles de l'Afrique, en ce jour si symbolique du 25 mai, qui célèbre la Journée de l'Afrique.
Cette date, bien plus qu'un moment de commémoration, est un appel à la mémoire et à l'engagement : se souvenir des protagonistes qui ont construit les premiers fondements de notre unité continentale et s'engager en faveur des idéaux que l'Union Africaine a portés depuis sa création.
En effet, les Pères fondateurs de l'Union Africaine ont joué un rôle central dans l'émergence d'une conscience politique panafricaine et dans la lutte pour l'indépendance des pays du continent.
À une époque marquée par le colonialisme et la division, des dirigeants africains visionnaires, dont Kwame Nkrumah (Ghana), Haile Selassie (Éthiopie), Julius Nyerere (Tanzanie) et Gamal Abdel Nasser (Égypte), ont jeté les bases de l'unité africaine, appelant à la solidarité, à l'émancipation et à la coopération entre les États africains.
Leur engagement a conduit à la création de l'Organisation de l’Unité Africaine en 1963, l'ancêtre de l'Union Africaine, afin de renforcer les liens politiques et économiques entre les Nations africaines nouvellement indépendantes.
L'importance de ces personnages historiques réside également dans leur vision à long terme d'un continent africain capable de maîtriser son propre destin. Par la promotion de l'intégration régionale, la résolution pacifique des conflits et la défense des intérêts africains sur la scène internationale, ils ont établi les principes fondamentaux qui guident encore aujourd'hui l'Union africaine.
Leur héritage est visible dans les efforts continus de l'UA pour renforcer la gouvernance démocratique, promouvoir un développement économique durable et garantir la paix et la sécurité sur tout le continent.
Alors que nous rendons hommage aux luttes, aux sacrifices et à la vision commune de ces Illustres Fils de l'Afrique, nous renouvelons notre foi en un avenir africain fondé sur la solidarité, la paix et la coopération entre les peuples, mais aussi sur l'édification d'une Organisation continentale dotée de solides fondations institutionnelles.
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Perpétuer cet important héritage, c'est préserver la vision d'une Afrique unie, forte et souveraine, capable de parler d'une seule voix à la tribune internationale.
La lutte pour l'émancipation politique de notre continent est une véritable référence pour les générations actuelles face aux défis contemporains tels que la fracture politique, les conflits internes et autres fléaux qui gangrènent malheureusement notre continent.
C'est pourquoi nous prônons le respect des principes de solidarité, de coopération et de respect mutuel, afin de continuer à construire une Afrique plus intégrée, où les frontières deviennent des ponts et non des barrières.
Fixons-nous pour objectif d'entretenir leur rêve d'un avenir où chaque pays africain aurait les moyens de répondre aux besoins de ses citoyens, en s'appuyant principalement sur ses propres ressources et ses propres talents. Aujourd'hui, faire honneur à une telle vision signifie investir dans l'éducation, promouvoir la bonne gouvernance, renforcer l'intégration économique et soutenir les jeunes générations dans leur aspiration à un avenir digne.
L'Afrique est actuellement confrontée à un certain nombre de défis complexes qui retardent sa pleine émergence, en dépit de son immense potentiel.
En ce qui concerne la paix et la sécurité, nous constatons avec inquiétude que de nombreuses régions du continent continuent de connaître des situations d'instabilité dues au terrorisme transnational et à l'extrémisme violent, aux conflits armés et aux tensions intercommunautaires, entre autres phénomènes néfastes.
Nous sommes également particulièrement soucieux des personnes vivant dans des zones de conflit, souvent forcées de fuir leur foyer et privées d'un avenir radieux et prospère. À cela s'ajoutent les crises politiques et institutionnelles, généralement caractérisées par des changements anticonstitutionnels de gouvernement et des transitions contestées, un affaiblissement de l'État de droit et une gouvernance fragile.
Sur le plan socio-économique, l'Afrique fait tout son possible pour relever le défi d'un développement inclusif dans un contexte mondial incertain.
Le chômage des jeunes, l'accès limité à l'éducation et à la santé, la dépendance à l'égard d'économies peu diversifiées et les effets du changement climatique sont autant d'obstacles à la réalisation d'une prospérité durable sur le continent.
La dette croissante de certains pays et leur vulnérabilité aux chocs extérieurs, tels que les crises sanitaires ou les turbulences économiques mondiales, exacerbent les inégalités et la fragilité sociale.
Ces défis nécessitent des réponses concertées, des institutions fortes et une volonté politique renouvelée, en phase avec les aspirations des peuples africains.
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
En dépit des défis qui nous attendent, nous gardons une foi inébranlable en notre continent, l'Afrique, qui incarne aujourd'hui plus que jamais une terre d'espoir et de promesses, portée par une jeunesse dynamique, des ressources naturelles abondantes et une créativité sans cesse renouvelée.
Avec plus de 60 % de sa population âgée de moins de 25 ans, le continent possède un capital humain unique, capable d'innover, de transformer les économies locales et de relever les grands défis du XXIe siècle.
Chaque jour, des secteurs tels que les technologies numériques, les énergies renouvelables, l'agriculture durable et l'industrie culturelle révèlent le potentiel de l'Afrique à se réinventer, à créer de la valeur et à contribuer activement à l'économie mondiale.
Cet espoir repose également sur une prise de conscience collective croissante de la nécessité de l'intégration, de la gouvernance responsable et du développement endogène.
C'est pourquoi nous avons choisi cette année de mettre en avant des initiatives telles que la Zone de Libre Echange Continentale Africaine (ZLECA), des projets d'infrastructures transfrontalières et des mouvements citoyens en faveur de la transparence et des droits de l'homme, qui témoignent de l'existence d'une nouvelle dynamique en cours.
Ainsi, l'Afrique n'est plus seulement un continent qui se doit d'être soutenu, mais un acteur stratégique en devenir, qui propose des solutions pour lui-même et pour le monde.
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Le thème de l'Union Africaine pour 2025, « Justice pour les Africains et les Personnes D'ascendance Africaine à travers les Réparations », est extrêmement important pour construire un avenir équitable et conscient de son passé.
En mettant en lumière les injustices historiques telles que la traite négrière, l'esclavage et le colonialisme et leurs répercussions aujourd'hui, ce thème ouvre la voie à une réflexion collective et à des actions concrètes pour restaurer la dignité des peuples africains et de leur diaspora.
C'est un appel à la justice réparatrice, à la reconnaissance des torts subis, mais aussi à la réaffirmation du droit des Africains à être acteurs de leur propre histoire, à la promotion d'une mémoire partagée, à des réparations morales, économiques et symboliques et à une solidarité mondiale renouvelée.
Nous pensons que les réparations pour les Africains ne doivent pas être considérées uniquement en termes de passé, mais comme un levier pour construire un avenir équitable à travers des partenariats constructifs et durables.
Il s'agit de créer des mécanismes d'investissement multiformes dans l'éducation, la santé, les infrastructures, la transition écologique et l'innovation technologique qui permettent aux pays africains de renforcer leur propre capacité d'autonomie économique et sociale.
Ces partenariats s'appuient sur un principe d'équité, loin de toute logique d'exploitation ou de dépendance, afin de créer des relations gagnant-gagnant axées sur le respect mutuel et le codéveloppement.
En ce sens, les réparations deviennent un outil stratégique pour redresser les déséquilibres historiques, tout en stimulant un développement inclusif, mené par et pour les Africains.
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
En conclusion, à l'occasion de cette Journée de l'Afrique, nous nous remémorons non seulement la réalisation fondatrice de l'unité continentale, mais aussi l'esprit de fraternité, de courage et la vision qui ont guidé les Pères Fondateurs.
Tournés vers l'avenir, nous nous souviendrons que chaque action, chaque politique, chaque engagement doit servir le dessein d'un continent libre, prospère et uni.
Célébrer l'Afrique aujourd'hui, c'est renouveler notre foi en son potentiel, affirmer notre responsabilité collective et renforcer notre engagement en faveur d'une coopération sincère, respectueuse et ambitieuse.
Que cette journée soit plus qu'une commémoration, puisse-t-elle être le point d'ancrage d'une nouvelle ère d'espoir et de construction commune.
Je vous remercie de votre attention.
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